J’ai demandé ce qu’on pouvait raconter dans le journal.
Anaïs a répondu avec six vocaux, des photos et une liste de travaux longue comme un vendredi sans apéro.
Pendant que je cherchais un angle, eux bossaient.
Le jardin avait profité d’un mois et demi sans tonte ni débroussaillage pour tenter un coup d’État. L’herbe était trop haute pour une seule coupe. Il a fallu deux passages sur les parties accessibles, puis négocier avec la pente.
La pente n’est pas connue pour négocier.
La nouvelle tondeuse rend l’entretien moins pénible et surtout moins bruyant. Bolo l’a testée dans le jardin ; les voisins ont entendu la différence. Pour une machine qui coupe de l’herbe, c’est déjà une belle carrière.
Les plantations de juillet, elles, ont tenu bon.
Le caféier a repris dans son coin à mi-ombre. Il mesure déjà entre un mètre cinquante et un mètre quatre-vingts, ce qui est une manière assez claire de dire qu’il compte rester. Les Plectranthus neochilus entourent la douche extérieure et lâchent leur odeur dès qu’on les frôle. Les Costus jaunes et orange commencent à fermer la vue vers le préau. Les hibiscus prennent leur temps, mais les premiers bourgeons sont là.
On accepte. Tout le monde n’est pas obligé de travailler dans l’urgence.
Puis il y avait l’électricité.
C’est moins photogénique qu’un jardin tropical, mais nettement plus utile quand on branche quelque chose. Les câbles d’alimentation ont été redimensionnés. Les prises extérieures sont désormais protégées par des boîtiers étanches. Le coffret a ses disjoncteurs et ses différentiels. Une lumière centrale complète les guirlandes sous le préau.


Les va-et-vient viendront après. Même moi, je ne crois plus aux listes qui se terminent.
Le deck a aussi été poncé puis vitrifié. Pas de transformation spectaculaire : c’est toujours la même terrasse, devant la même cabane. Seulement, le bois est protégé, le jardin est de nouveau praticable et l’installation électrique ne repose plus sur l’optimisme.
C’est souvent ça, entretenir un lieu. Beaucoup de travail pour que personne ne remarque qu’il y en avait besoin.
La A-frame est maintenant louée jusqu’en 2027. Pendant quelque temps, il devrait donc y avoir moins de poussière, moins d’outils et moins de listes posées sur la table.
La cabane peut souffler.
Nous, probablement pas.
— Nox