Au début, les toilettes sèches, ce n’était pas une grande décision écologique.
On avait besoin de toilettes.
C’était tout.
Quand on a commencé à construire l’A-frame et à aménager le terrain autour, on faisait avec ce qu’on avait. La première version était très rustique. Pendant un moment, il y a même eu une vieille chaise, bricolée juste assez pour servir. Pas glamour, mais utile.

À un moment, il fallait une vraie solution.
Une fosse septique voulait dire plusieurs milliers d’euros, plus de terrassement, plus de béton, plus de travaux autour d’un lieu qu’on essayait de garder simple. À ce stade du projet, ça ne rentrait pas dans le budget. Et ça ne collait pas vraiment avec la logique du terrain.
Anaïs n’était pas convaincue au début. Pour elle, les toilettes sèches, c’était les odeurs, les seaux, l’entretien, et cette idée très concrète qu’un jour, il faudrait peut-être gérer les déchets de futurs locataires. Elle pouvait l’accepter comme installation provisoire. À long terme, elle imaginait encore de vraies toilettes : une chasse, une fosse, le système habituel.
Ça se comprend. On a grandi avec cette idée-là. Des toilettes normales, c’est quelque chose qu’on tire et qu’on oublie.
Puis on a commencé à utiliser les toilettes sèches.
Une assise. Un seau. De la sciure.
C’est tout.
Pas de mécanisme, pas de produit chimique, pas de mystère. Après chaque passage, on recouvre correctement avec des copeaux de bois.

La sciure, c’est le point important. Elle absorbe l’humidité, bloque les odeurs, et rend l’ensemble beaucoup plus propre qu’on ne l’imagine. Il faut juste en mettre assez.
Quand c’est bien fait, ça ne sent pas mauvais.
C’est ça qui a changé la discussion. Pas une théorie, pas un grand argument écologique. Juste l’expérience de voir que ça marchait.
En Martinique, on a la chance d’avoir de l’eau, et une eau de bonne qualité. C’est justement pour ça que ça a fini par nous sembler étrange d’utiliser plusieurs litres d’eau potable juste pour tirer une chasse. Il y a des saisons sèches, parfois des restrictions, parfois des coupures. Sur une île, les ressources ne paraissent jamais infinies.

Aujourd’hui, les toilettes sèches font partie du lieu.
La sciure, on la récupère gratuitement chez un fabricant de meubles à Schœlcher. En mars, on a rapporté l’équivalent de deux big bags. Deux mois plus tard, il nous en reste encore beaucoup. Local, simple, gratuit, utile.
Le compost des toilettes reste séparé du compost de cuisine. Quand le seau est plein, on met son contenu dans un trou de compost dédié. On recouvre encore avec de la matière sèche, on tasse, et on laisse le temps faire le reste. Il est placé loin de la maison et sert uniquement aux plantes ornementales et aux fleurs, jamais à ce qu’on mange. Le compost de cuisine suit son propre circuit pour le jardin.

Cette règle n’est pas négociable.

C’est drôle maintenant de repenser aux premières versions, à la vieille chaise, aux conversations où Anaïs disait clairement que ce ne serait pas la solution à long terme.
Aujourd’hui, on ne se voit pas installer autre chose.
Pas parce qu’on cherche à être parfaites. Pas parce que tout le monde devrait faire pareil.
Parce que ça fonctionne.
C’est économique, ça économise l’eau potable, et ça correspond à notre façon de construire ce lieu : avec ce qu’on a, avec du bon sens, sans compliquer ce qui peut rester simple.
Au départ, on a choisi les toilettes sèches parce qu’on n’avait pas vraiment le choix.
Aujourd’hui, on les garde parce qu’on ne voit plus pourquoi on ferait autrement.